Ladistinction entre le tutoiement et le vouvoiement (ou voussoiement, ou en Suisse romande vousoiement) est un concept grammatical familier aux locuteurs de langues indo-europĂ©ennes (sauf dans le cas de l'anglais moderne, et dans certaines langues nordiques comme l'islandais).Il s'agit d'une opposition entre deux deuxiĂšmes personnes (servant Ă  AprĂšsrĂ©flexion, je me suis rendu compte que le tutoiement dans la relation de soin n’était pas que nĂ©gatif comme j’avais pu le percevoir sur le moment. Le tutoiement peut casser L Guilloux, Le tutoiement de l'adolescent en consultation, est-ce une aide pour le mĂ©decin traitant ? : Ă©tude quantitative rĂ©alisĂ©e auprĂšs de 220 adolescents, 2016. A. Laine, Les dĂ©terminants de l'usage du tutoiement et du vouvoiement dans la relation mĂ©decin-patient en mĂ©decine gĂ©nĂ©rale, 2016. longtemps et maintenant une aide Ă  domicile vouvoyer une personne aidĂ©e, ou mĂȘme l’inverse, parce qu’on est dans une relation professionnelle « Ne pas s’interdire de rĂ©flĂ©chir » Ainsi, le bon sens doit l’emporter. Ceci dit, en aucun cas, l’aide Ă  domicile ne doit prendre l’initiative du tutoiement. Mais si la personne Dansles familles nobles l’usage Ă©tait de se vouvoyer mĂȘme entre Ă©poux, mĂȘme entre parents et enfants. À cette pratique il y a un bon cĂŽtĂ©: le respect intĂ©gral entre les ĂȘtres et, en particulier, le respect de l’évolution de chacun et, occasionnellement, un moins bon: le manque de chaleur dans les relations humaines que, parfois, cela prĂ©-suppose. 22 LE TUTOIEMENT/VOUVOIEMENT DANS LA RELATION EDUCATEURS/RESIDENTS 15 2.2.1 Influence des diffĂ©rentes problĂ©matiques des rĂ©sidents 16 2.2.2 Dimension affective 17 2.2.3 DiffĂ©rence de traitement 19 2.2.4 Influence des facteurs socio-culturels 21 2.2.5 Conclusion : le tutoiement/vouvoiement dans la relation Ă©ducateurs-rĂ©sidents 22 u1jbp. Cette sĂ©quence sur les Fleurs du Mal de Baudelaire a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e par Christian FERRE, agrĂ©gĂ© de lettres modernes, pour ses Ă©lĂšves de 1 Ăšre L du LycĂ©e Mistral Ă  Avignon. Elle correspond Ă  un travail effectuĂ© en dĂ©but d’annĂ©e et prĂ©sente un apprentissage progressif de la lecture analytique et du commentaire littĂ©raire Baudelaire Les Fleurs du Mal ProblĂ©matique Comment l'Ă©vocation de la femme dans Les Fleurs du Mal rĂ©vĂšle-t-elle des aspects essentiels du lyrisme de Baudelaire, notamment de son dĂ©chirement entre le spleen » et l' IdĂ©al »? Objectifs Histoire littĂ©raire. Genres et registres - DĂ©finir la poĂ©sie lyrique et approfondir l'Ă©tude du registre lyrique - DĂ©couvrir la singularitĂ© du lyrisme de Baudelaire Ă  travers l'Ă©vocation de la femme dans les Fleurs du mal - Étudier l'architecture d'un recueil/livre de poĂšmes. Situer une oeuvre dans son contexte. MĂ©thodologie - Mener l'Ă©tude d'un poĂšme lyrique Ă  l'aide des outils d'analyse appropriĂ©s - Consolider les savoirs techniques, versification et rhĂ©torique figures de style, pour les mettre au service de la construction du sens ; - Consolider la mĂ©thodologie de la lecture analytique et du commentaire. Évaluations ‱ Formative rĂ©diger la prĂ©sentation de Parfum exotique » ‱ Sommative devoir type Bac preparation - RĂ©daction d'une rĂ©ponse Ă  une question portant sur un corpus de poĂšmes 1h La chevelure », Les Fleurs du mal Le serpent qui danse », Les Fleurs du mal Un hĂ©misphĂšre dans une chevelure », Le Spleen de Paris - RĂ©daction de l'introduction et d'un axe du commentaire du Serpent qui danse » l'Ă©loge de la femme. Devoir sur table 2h. DurĂ©e 16 heures. 1Page 2 and 3 I. PLAN DE LA SEQUENCE SĂ©ance 1 Page 4 and 5 I - DĂ©couverte du poĂšme - À prePage 6 and 7 d'autres sensations, olfactives et Page 8 and 9 contexte? - Qu'est-ce que la prĂ©sePage 10 and 11 marques de la civilisation. - L'adjPage 12 and 13 poĂšte s'adresse Ă  cette femme avePage 14 and 15 SĂ©ance 4 L'Invitation au voyagPage 16 and 17 ‱ En vertu de cette relation entrPage 18 and 19 Conclusion Le thĂšme du voyage appPage 20 and 21 fusion avec la femme, comme la voloPage 22 and 23 Introduction Le sonnet est construiPage 24 and 25 SynthĂšse ‱ Une beautĂ© moderne iPage 26 and 27 SĂ©ance 7 SynthĂšse l'architectuPage 28 and 29 ville, la rĂ©volte contre Dieu et l Les Sonnets » dans la PlĂ©iade Shakespeare, c’est tout un poĂšme AdulĂ© pour son théùtre flamboyant, Shakespeare a Ă©galement signĂ© une oeuvre poĂ©tique remarquable, rassemblĂ©e dans un tout nouveau volume de La PlĂ©iade. L’occasion de revenir sur l’énigme de ses Sonnets ». Leurs sens multiples, leurs jeux de mots, leur rythme et leur harmonie Ă©blouissent encore aujourd’hui. Par Philippe Chevilley La troupe du Berliner Ensemble en 2010, dans une mise en scĂšne de Robert Wilson de 25 sonnets de Shakespeare sur une partition musicale de Rufus Wainwright. ©RUBY WASHINGTON/The New York Tim > ZOOM cliquer l’image On a Ă©prouvĂ© les tempĂȘtes et les guerres, admirĂ© et haĂŻ les rois, rit avec les fous, pleurĂ© avec les amants dĂ©sunis, tutoyĂ© le ciel et la terre
 Cette fois, l’aventure est terminĂ©e le huitiĂšme et dernier tome des oeuvres complĂštes de William Shakespeare 1564-1616, en Ă©dition bilingue dans une nouvelle traduction, est paru dans La PlĂ©iade. Un bouquet final dĂ©diĂ© Ă  la poĂ©sie du grand Will. Pour Jean-Michel DĂ©prats, qui travaille Ă  cette somme depuis deux dĂ©cennies, traduire les fameux Sonnets - au coeur de cet ultime tome - n’a pas Ă©tĂ© la partie la plus facile. Il m’a fallu deux ans et demi pour y parvenir
 » A titre d’exemple, j’ai passĂ© autant de temps sur le sonnet 135 que sur une piĂšce entiĂšre ». Ce sonnet adressĂ© Ă  une mystĂ©rieuse dame brune concentre Ă  la fois tout le gĂ©nie et la complexitĂ© de l’oeuvre polysĂ©mie sexuelle, passion des jeux de mots, rythme hypnotique. Le poĂšte joue avec Will, son prĂ©nom, et celui d’un rival qui dĂ©signe en anglais Ă  la fois le verbe vouloir et l’organe sexuel masculin ou fĂ©minin. De Will » en will », il reproche Ă  sa maĂźtresse de se donner Ă  tous les hommes, mais pas Ă  lui . Pour ne pas altĂ©rer le sens et l’effet produit, j’ai diversifiĂ© les traductions correspondant aux significations diverses.. en restant proche quand c’est possible du son ’will’ par exemple avec le mot ’oui’ ». Fabuleux paradoxe Les Sonnets constituent un fabuleux paradoxe. D’un cĂŽtĂ©, ils illustrent la cohĂ©rence du gĂ©nie shakespearien, dramaturge et poĂšte Ă  part entiĂšre. En dĂ©voilant ce qui semble ĂȘtre sa part intime, ils inclinent Ă  penser que l’homme a bel et bien existĂ©, que Shakespeare n’est pas le nom de code d’un collectif, comme certains le prĂ©tendent. Mais d’un autre cĂŽtĂ©, par leur singularitĂ© et leur caractĂšre Ă©nigmatique, ils accroissent le mystĂšre d’un destin extraordinaire - celui de ce fils de gantier qui, une fois mariĂ©, a brutalement renoncĂ© Ă  sa petite vie paisible dans la ville de Stratford pour conquĂ©rir Londres et le monde. Lorsque Shakespeare s’attaque au sonnet, ce genre noble est tombĂ© en dĂ©suĂ©tude. Qu’à cela ne tienne ! Dans son introduction au tome de La PlĂ©iade, l’universitaire Anne-Marie Miller-Blaise 1 explique que le dramaturge s’est emparĂ© du modĂšle de PĂ©trarque - ode trĂšs codifiĂ©e Ă  l’amour sublimĂ© - pour mieux le subvertir. La structure, trois quatrains suivis d’un distique, sert son dessein exposer des pensĂ©es, pour mieux les questionner, voire les contredire Il retourne les choses, les mots, fait Ă©clater tous leurs sens ». Selon la spĂ©cialiste, pour Shakespeare, il n’y a pas d’interdit du langage. De coĂŻncidence en coĂŻncidence, il nous invite Ă  abolir l’inconscient de la langue ». Jeune Ă©phĂšbe et dame brune La subversion tient aussi aux Ă©panchements Ă©quivoques du poĂšte. Dans les 126 premiers sonnets, il exprime son amour pour un jeune homme ; dans les 28 derniers, son dĂ©sir pour la sulfureuse Dark Lady ». Le chassĂ©-croisĂ© vire au trio amoureux quand le poĂšte jaloux reproche Ă  la dame de vouloir sĂ©duire son amant. S’il semble ne pas vouloir passer Ă  l’acte avec le jeune homme il le voue au lit des femmes et l’incite Ă  se reproduire, il brĂ»le apparemment de dĂ©sir pour l’intrigante dame brune. Cette bisexualitĂ© affichĂ©e n’est pas si surprenante Ă  l’époque Ă©lisabĂ©thaine oĂč l’adolescent Ă©tait volontiers considĂ©rĂ© comme un ĂȘtre androgyne. Mais en faire le fil rouge de ses poĂšmes est osĂ©. Les Sonnets de Shakespeare Illustration du peintre lituanien Stasis Krasaukas pour une Ă©dition de 1966 des Sonnets Difficile de faire le lien avec la vie intime de Shakespeare. On ignore en effet l’identitĂ© de ce duo d’amant et maĂźtresse. L’adresse des poĂšmes Ă  un certain W. H. a permis aux historiens d’échafauder moult thĂ©ories plus ou moins fumeuses en ce qui concerne le nom du garçon. Aucune dame brune n’a en revanche Ă©tĂ© dĂ©busquĂ©e dans son entourage
 Ces serments d’amour ne sont peut-ĂȘtre aprĂšs tout que des fantasmes ou une licence, l’esquisse d’un manifeste poĂ©tique amoureux. William confinĂ© Reste la question intrigante de la publication tardive des sonnets 1609. Shakespeare les a probablement Ă©crits beaucoup plus tĂŽt. Un indice dans Peines d’amour perdues » 1594-1596, le personnage de Rosaline fait beaucoup penser Ă  la Dark lady », souligne Jean-Michel DĂ©prats. Selon le traducteur, la pĂ©riode d’écriture correspond probablement Ă  l’épidĂ©mie de peste. Les théùtres Ă©taient fermĂ©s
 ». Shakespeare confinĂ© se rabat sur la poĂ©sie
 Etrange rĂ©sonance avec aujourd’hui ! Si cette partie de son oeuvre a Ă©tĂ© Ă©ditĂ©e sur le tard, c’est peut-ĂȘtre parce que son auteur n’avait pas pensĂ© Ă  les publier, prĂ©fĂ©rant les faire tourner parmi un groupe d’amis ou de protecteurs. AccaparĂ© par le théùtre, il n’avait sans doute pas le temps de les mettre en forme » , suggĂšre Anne-Marie Miller-Blaise. D’autant que ses piĂšces reprĂ©sentaient une activitĂ© bien plus lucrative. Un recueil de poĂ©sie Ă©tait vendu une fois pour toutes Ă  une librairie ». ConsĂ©quence, les Sonnets connaissent peu de succĂšs de son vivant. Et quand on les redĂ©couvrira aprĂšs sa mort, ce sera surtout pour dĂ©noncer leur caractĂšre licencieux. Ce traitement particulier du dĂ©sir, du temps, de l’éternitĂ© trouve encore un Ă©cho de nos jours. La langue des sonnets apparaĂźt trĂšs moderne, proche de la nĂŽtre Cette oeuvre si agile connaĂźtra finalement un Ă©blouissant retournement de fortune. En particulier en France, deux siĂšcles plus tard, quand les romantiques font du poĂšte anglais leur barde » favori. Cette exaltation de l’amour, ce traitement particulier du dĂ©sir, du temps, de l’éternitĂ© trouve encore un Ă©cho de nos jours. La langue des sonnets apparaĂźt trĂšs moderne, proche de la nĂŽtre » , explique Anne-Marie Miller-Blaise. Jean-Michel DĂ©prats est du mĂȘme avis Tous les Ă©tats de l’amour y sont convoquĂ©s, Ă  la façon de Roland Barthes. Les Sonnets nous proposent un parcours amoureux diversifiĂ©, souvent douloureux, plus rarement portĂ© par la joie de la beautĂ© et de la fidĂ©litĂ© ». Ils Ă©voquent aussi le temps qui nous est comptĂ©, le caractĂšre Ă©phĂ©mĂšre des passions. Des thĂšmes Ă©ternels dans une langue sans Ăąge
 En tĂ©moignent les publications et les nouvelles traductions qui ne cessent de se multiplier en ce dĂ©but de millĂ©naire. Alexandrins blancs DES THEMES QUI TROUVENTENCORE UN ECHO DE NOSJOURS ET UNE LANGUE QUIAPPARAÎT TRES MODERNEPROCHE DE LA NÔTRE Le volume de La PlĂ©iade offre justement en bonus une anthologie des meilleures traductions des sonnets en français depuis deux siĂšcles. Chateaubriand, Francois-Victor Hugo, Yves Bonnefoy, Claude Neumann
 quelque soixante auteurs et autant de visions diffĂ©rentes explorent tous les possibles d’une oeuvre inĂ©galĂ©e. Quid de la version de Jean-Michel DĂ©prats ? J’ai voulu Ă©viter deux extrĂȘmes un excĂšs de formalisme, la recherche de la rime pour la rime qui dĂ©nature le sens des mots et du poĂšme dans son ensemble. Ou Ă  l’inverse une transposition dans une prose qui oublierait la poĂ©sie ». Aussi revendique-t-il un entre-deux » J’ai optĂ© pour des alexandrins blancs sans rime en m’autorisant de rares Ă©carts quelques dĂ©casyllabes et vers de quatorze syllabes quand j’y Ă©tais contraint ». RĂ©sultat, un beau travail Ă©quilibrĂ© qui prĂ©serve la magie de ces vignettes miraculeuses, respecte la musique des vers, en clarifiant au maximum le propos. Le traducteur reste humble Il y a tellement de polysĂ©mie, tenter une traduction parfaite est vouĂ© Ă  l’échec. On ne peut pas rendre en français toute cette richesse. On ne peut faire entendre que deux ou trois sens sur six ou sept. C’est peut-ĂȘtre un avantage
 car les Anglais, Ă  vouloir tout saisir s’y perdent parfois » 
 Il faut en tout Ă©tat de cause ne pas hĂ©siter Ă  consulter les notes de l’ouvrage qui permettent de contextualiser chaque sonnet donnĂ©es historiques, convictions de l’époque
 Et pour en saisir toute la substantifique moelle, certains mĂ©ritent d’ĂȘtre lus deux ou trois fois. Contre la violence sexuelle En contrepoint, La PlĂ©iade a rĂ©uni les autres oeuvres poĂ©tiques de Shakespeare, dont les deux poĂšmes narratifs Ă©rotico-mythologiques VĂ©nus et Adonis » 1593 et Le Viol de LucrĂšce » 1594 traduits par Henri Suhamy. En apparence convenus, ils traitent avec audace du dĂ©sir et de ses perversions VĂ©nus prĂȘte Ă  tout pour sĂ©duire Adonis, Tarquin qui franchit toutes les portes de l’abjection pour possĂ©der LucrĂšce. Moins retravaillĂ©s, fulgurants, ils frappent par leur cĂŽtĂ© poignant et leur incroyable ironie », affirme Anne-Marie Miller-Blaise. Le viol de LucrĂšce », en particulier s’avĂšre extralucide dans sa maniĂšre de dĂ©monter la violence sexuelle. TrĂšs proche d’un texte dramatique, le poĂšme a l’envergure et la majestĂ© d’une tragĂ©die Ă  la française ». Chrono-lithographie The Genius of Shakespeare », de 1888, le reprĂ©sentant devant ses plus cĂ©lĂšbres piĂšces de théùtre .©Bridgeman Images ZOOM cliquer l’image PrĂ©fĂšrera-t-on toujours le Shakespeare dramaturge au Shakespeare poĂšte ? Cette opposition n’a pas lieu d’ĂȘtre » assure Jean-Michel DĂ©prats. Il y a autant de poĂ©sie dans son théùtre, que de théùtralitĂ© dans sa poĂ©sie. Des sonnets et diverses formes lyriques sont insĂ©rĂ©s dans ses piĂšces dans PĂ©riclĂšs », La vie d’Henri V », La TempĂȘte » Les chansons d’Ariel, RomĂ©o et Juliette » le choeur et le premier Ă©change entre les amants
 » Quant aux Sonnets » eux-mĂȘmes, ils ont autant vocation ĂȘtre dits Ă  haute voix que lus ». ChantĂ©s mĂȘme, parfois le metteur en scĂšne amĂ©ricain Robert Wilson en a fait en 2010 un beau spectacle musical, sur une partition du tĂ©nor pop Rufus Wainwright. La messe est dite. Shakespeare in love » a rĂ©volutionnĂ© la poĂ©sie, comme le théùtre. Depuis quatre siĂšcles, le poĂšte amoureux fait battre les coeurs plus vite avec ses intrigants sonnets. Quel amante rĂ©sisterai Ă  l’appel du numĂ©ro 43 ? Tous mes jours sont des nuits tant que je ne te voie/et mes nuits des jours clairs quand je rĂȘve de toi ». All days are nights to see till I see thee, /And nights brights days when dreams do show thee me » A lire Sonnets et autres poĂšmes OEuvres complĂštes, VIII. Edition publiĂ©e sous la direction de Jean-Michel DĂ©prats et GisĂšle Venet. BibliothĂšque de La PlĂ©iade, pages, 59euros. prix de lancement ; 1 professeure en littĂ©rature anglaise et histoire culturelle des XVIe et XVIIesiĂšcles Ă  UniversitĂ© Sorbonne nouvelle. CHRONOLOGIE POETIQUE 1593 publication Ă  29 ans du poĂšme Venus et Adonis » 1594 Le viol de LucrĂšce » 1594 -1995 Ecriture des piĂšces Le Songe d’une nuit d’étĂ© », fantasmagorie poĂ©tique s’il en est, et de RomĂ©o et Juliette », avec ses accents tragiques et ses sonnets. 1599-1601 Hamlet », la piĂšce la plus intime de Shakespeare, sorte de manifeste mĂ©lancolique. 1609 Publication des Sonnets, probablement Ă©crits dans les annĂ©es 1590. 1610-11 La TempĂȘte », chef-d’oeuvre fĂ©erique. 1611 Macbeth avec son atmosphĂšre onirique et ses sorciĂšres. Par Philippe Chevilley CrĂ©dit Les Echos, le 24 mars 2021 Shakespeare mon amour La premiĂšre rencontre entre RomĂ©o et Juliette se matĂ©rialise par un Ă©change de mots qui devient un sonnet. Pour François-Victor Hugo qui ressuscita le théùtre shakespearien au 19Ăšme, le sonnet est le langage mĂȘme des amoureux. Comment Shakespeare construit-il l’amour dans et par la langue ? Shakespeare‱ CrĂ©dits CSA Images-Getty L’invitĂ©e du jour Anne-Marie Miller-Blaise, professeure en littĂ©rature et histoire culturelle britanniques des 16e-17e siĂšcles Ă  l’UniversitĂ© Sorbonne Nouvelle - Paris 3, vice-prĂ©sidente de la SociĂ©tĂ© Française Shakespeare Le sonnet, langage de l’amour Shakespeare a Ă©crit Ă  une pĂ©riode oĂč l’on considĂšre le théùtre comme de la poĂ©sie
 Mais il a un rapport diffĂ©rent peut-ĂȘtre Ă  la poĂ©sie et ses enjeux, Ă  la fois sur la scĂšne et dans l’écriture de ses sonnets. La rencontre entre RomĂ©o et Juliette se matĂ©rialise dans le texte de la piĂšce, Ă  l’acte I scĂšne 5, par un Ă©change de mots qui devient un sonnet
 Comme le dira plus tard François-Victor Hugo, tous les amoureux font des sonnets, c’est le langage mĂȘme des amoureux. Anne-Marie Miller-Blaise Le sonnet, Ă©criture de l’intime ? Penser que le sonnet est une Ă©criture de l’intime est une idĂ©e qui surgit au 18Ăšme siĂšcle lorsqu’on commence Ă  identifier le Shakespeare des sonnets comme un Shakespeare qui parlerait en son nom propre, et qu’on commence Ă  voir les sonnets comme une trace autobiographique de l’auteur. DĂšs PĂ©trarque, le sonnet est une forme qui semble donner voix et corps Ă  une douleur amoureuse ressentie au plus profond de soi mĂȘme, mais il faut se garder de cette tentation il faut penser le sonnet comme partiellement biographique, peut-ĂȘtre, mais aussi comme une auto-fiction... Anne-Marie Miller-Blaise Textes lus par Denis PodalydĂšs - William Shakespeare,Sonnets, Sonnet 18, Sonnet 20 et Sonnet 64, 1609, traduction de Jean-Michel DĂ©prats, Ă  paraĂźtre fin 2020, Ă©dition de la PlĂ©iade, vol. VIII dernier volume des ƒuvres complĂštes Sons diffusĂ©s - Extraits de Shakespeare in love, film de John Madden, 1998- Extrait de RomĂ©o et Juliette, film de Franco Zeffirelli, 1968- Chanson de Rufus Wainwright, Take all my loves Sonnet 40 À RÉÉCOUTER SÉRIE William Shakespeare, 4 Ă©pisodes France Culture / La compagnie des auteurs Le mĂȘme Shakespeare Ă©crit Hamlet » et les Sonnets » PAR JEAN-MICHEL DÉPRATS LE 10 MARS 2021 
 Entreprendre de retraduire une Ɠuvre majeure, mĂȘme cent fois traduite, et parfois avec Ă©clat, n’exprime nullement une insatisfaction vis-Ă -vis des accomplissements antĂ©rieurs. La retraduction ne porte pas en soi une critique voilĂ©e des poĂštes traducteurs qui vous ont prĂ©cĂ©dĂ©. Comme l’écrit clairement Jacques Darras, lui-mĂȘme par deux fois retraducteur rĂ©cent desSonnetsde Shakespeare C’est le propre de l’Ɠuvre accomplie, en musique comme en poĂ©sie, que de permettre une infinie quantitĂ© de lectures, de traductions. [
] Sachant qu’il n’y en aura jamais de version dĂ©finitive [
] traduire lesSonnetsde Shakespeare, c’est toucher au principe d’insatisfaction » Il y a toujours place pour autre chose. Au tome I desƒuvres complĂštes de Shakespeare dans la PlĂ©iade, un texte de rĂ©flexion sur les questions de traduction, intitulĂ© Traduire Shakespeare » et sous-titrĂ© Pour une poĂ©tique théùtrale de la traduction shakespearienne », prĂ©sente la problĂ©matique gĂ©nĂ©rale de la traduction théùtrale et explore les apories et les limites de la traduction en français moderne de l’anglais Ă©lisabĂ©thain. J’y affirme la spĂ©cificitĂ© de la traduction destinĂ©e Ă  la scĂšne, entĂ©e sur la perception de ce que Patrice Pavis appelle le verbo-corps1 » et qui dĂ©signe l’inscription du souffle et de la gestualitĂ© dans la langue. À travers les rythmes, les assonances, les rimes intĂ©rieures, les effets allitĂ©ratifs, les ruptures syntaxiques ou les coulĂ©es verbales, Shakespeare guide l’acteur dans son jeu, et il n’est aucun Ă©lĂ©ment de son Ă©criture dramatique qui soit sans consĂ©quences pour l’interprĂ©tation d’un rĂŽle. La question se pose donc d’emblĂ©e les caracĂ©risiques de la traduction théùtrale, telle que je l’entends, la dĂ©finis et la pratique, s’appliquent-elles Ă  la traduction desSonnets ? Faut-il au contraire inventer une autre approche et esquisser une autre esthĂ©tique pour cerner et transmettre la spĂ©cificitĂ© de la forme lyrique ? Les lignes qui suivent ont pour seul objet d’aborder et de problĂ©matiser ces questions fondamentales. Elles s’attachent Ă  dĂ©crire les options adoptĂ©es dans cette nouvelle traduction desSonnets, non Ă  Ă©laborer une thĂ©orie de la traduction poĂ©- tique comme celle, convaincante et brillamment argumentĂ©e, que dĂ©veloppe Yves Bonnefoy dans les pages qu’il consacre, au sujet des mĂȘmes sonnets, Ă  l’exposĂ© de sa propre dĂ©marche. L’étroite imbrication du poĂ©tique et du théùtral dans l’Ɠuvre de Shakespeare est manifeste. Nul ne songerait Ă  dire que Shakespeare est moins poĂšte dans ses piĂšces que dans sesSonnetset ses autres poĂšmes. De nombreuses formes lyriques sont insĂ©rĂ©es dans le tissu mĂȘme des piĂšces, qu’il s’agisse, dansRomĂ©o et Juliette, des sonnets que prononce le ChƓur en guise de Prologue Ă  la piĂšce, ou, au dĂ©but de l’acte II, du sonnet, encore, que forment les rĂ©pliques alternĂ©es des personnages Ă©ponymes lors de leur premiĂšre rencontre ; ou bien, dansPĂ©riclĂšs, des diffĂ©rentes interventions en octosyllabes de Gower, qui fait fonction de chƓur. Dans l’intervalle la date de compo- sition deRomĂ©o et Juliettese situe entre 1594 et 1596, et celle dePĂ©riclĂšsen 1608, la forme lyrique est choisie en particulier pour les somptueuses interventions du Prologue ou du ChƓur dansLa Vie d’Henry V, et pour les chansons d’Ariel dansLa TempĂȘteou celles du Bouffon dansLa Nuit des n’ai citĂ© que les exemples les plus manifestes et les plus Ă©tincelants. À l’inverse, il y a de la théùtralitĂ© dans lesSonnets. Le recueil de 1609 met plus ou moins en scĂšne les diffĂ©rents moments d’une relation, voire, parfois, une intrigue ; au fil de la sĂ©quence s’installe un dialogisme entre deux entitĂ©s qui peuvent ĂȘtre deux identitĂ©s du poĂšte, entre le poĂšte et l’aimĂ©, ou entre le poĂšte et son amante. Bien que la lecture de poĂšmes Ă  haute voix ne soit pas, ou ne soit plus, une pratique sociale courante en France — alors qu’elle fait partie de la cĂ©lĂ©bration publique de la poĂ©sie en Grande-Bretagne, au Portugal et plus encore en Russie — je soulignerai ici l’importance de l’oralitĂ©et mĂȘme de lavocalitĂ©de l’écriture poĂ©tique de Shakespeare dans ses crĂ©ations lyriques tout autant que dans son Ɠuvre dramatique. La figure du poĂšte n’est pas scindĂ©e en deux le poĂšte desSonnetset des deux grands poĂšmes mythologiques et Ă©rotiques d’une part, celui des crĂ©ations dramatiques de l’autre. C’est le mĂȘme Shakespeare qui Ă©critHamletet lesSonnets. Un mĂȘme rythme emporte et soutient les poĂšmes et les piĂšces de théùtre, oĂč l’on entend et reconnaĂźt une mĂȘme voix. Pour le dire clairement, les sonnets de Shakespeare sont donc des textes Ă direautant que des textes Ă lire. Il y a Ă  cet Ă©gard des similitudes entre la traduction théùtrale et la traduction poĂ©tique. Dans l’un et l’autre cas, les mots sont des gestes, traduisant les pulsions de la pensĂ©e dans un phrasĂ© liĂ© au souffle. Incidemment, l’auteur desSonnetsfait une rĂ©fĂ©rence explicite au jeu de l’acteur au Sonnet 23, dont les premiers vers Ă©voquent un acteur en scĂšne hĂ©sitant sur ses vers, / que le trac paralyse et qui oublie son rĂŽle ». Comme la traductionde théùtre, la traductionde poĂ©sie ne peut se contenter de donner Ă  comprendre, elle doit aussi donner Ă  entendre, et j’ajouterai, donner Ă  voir Ă  l’Ɠil qui Ă©coute » Claudel. À l’invar du traducteurde théùtre, le traducteur de poĂ©sie n’a qu’un guide dans le dĂ©dale des exigences multiples, souvent contradictoires, qui le tenaillent l’écoute d’une voix dont il cherche Ă  trouver l’inflexion. Une voix, une diction, une respiration qui lui font prĂ©fĂ©rer tel vocable, telle musique, tel ordre des mots. Ce travail sur la physique de la langue tente de relayer l’économie trĂšs particuliĂšre desSonnetset de recrĂ©er en français leur Ă©nergie phonatoire et vocale tout en respectant la contrainte de la concision. Il rĂȘve, face Ă  la forme fixe, deux options antithĂ©tiques qui divisent et opposent les traducteurs soit le respect sacrĂ© de toutes les caractĂ©ristiques formelles du poĂšme, et en particulier du sonnet dans sa version dite shakespearienne » — sa rĂ©gularitĂ© mĂ©trique mais aussi ses rimes et son schĂ©ma de rimes —, soit, Ă  l’inverse, une Ă©criture plus libre privilĂ©giant d’autres Ă©lĂ©ments, comme la clartĂ© du sĂ©mantisme et le suivi de la ligne narrative et dramatique. La lecture de nombreuses traductions desSonnetsmontre que les Ă©lĂ©ments majeurs de ces deux options, respect des caractĂ©ristiques formelles et suivi de la ligne narrative et dramatique, ne sont guĂšre compatibles. Deux Ă©cueils symĂ©triques sur lesquels nous allons revenir guettent en effet le traducteur qui adopte l’une ou l’autre approche de façon systĂ©matique. Il va de soi que ces options contraires ne sont pas les seules qui s’offrent aux traducteurs 
 La fascination exclusive de la forme, conçue comme seule incarnation respectable de la fidĂ©litĂ©, fait courir le risque de la domination de la mĂ©trique et donc du primat de la versification ; elle Ă©loigne le traducteur de la crĂ©ation poĂ©tique dans sa langue et dans son temps. Aujourd’hui surtout, alors que la poĂ©sie contemporaine ne pratique plus guĂšre la rime, sauf avec des intentions parodiques. Contrairement Ă  ce que l’on croit couramment, rien n’est plus facile ni plus dangereux pour un traducteur que d’écrire non pas de la poĂ©sie, mais des vers, de cĂ©der Ă  ce qu’Henri Meschonnic appelle, avec l’acerbe et impi- toyable luciditĂ© qui le caractĂ©rise, la comĂ©die versificatoire ». On dĂ©cĂšle Ă  la simple Ă©coute les mots qui ne sont lĂ  que pour la rime ou pour le mĂštre et auxquels rien ne correspond dans l’original. Il peut certes arriver que les rimes d’un sonnet de Shakespeare soient rhĂ©toriques et de pure forme, voire qu’il s’agisse de simples rimes pour l’Ɠil. Mais c’est extrĂȘmement rare. Une traduction qui accorde la prĂ©dominance aux structures rimiques et mĂ©triques s’éloigne du suivi scrupuleux de la construction verbale et du parcours du sens. Elle conduit Ă  privilĂ©gier la rhĂ©torique, confond poĂ©sie et versification. Une telle dĂ©marche convient mieux sans doute Ă  des Ɠuvres marquĂ©es par un degrĂ© extrĂȘme de formalisation, comme les longs poĂšmes narratifs que sontVenus et AdonisetLe Viol de LucrĂšce. Les traducteurs qui, Ă  rebours, se mĂ©fient de l’embaumement qu’implique la prĂ©dominance de la forme courent quant Ă  eux le risque ou assument le choix ? de transformer le poĂšme en rĂ©cit en prose, une prose au mieux cadencĂ©e ou rythmĂ©e. Une partie des traductions les plus rĂ©centes se mĂ©fient tellement des formes fixes et des vers rĂ©guliers — dĂ©casyllabes ou alexandrins — qu’elles conduisent Ă  nier tout principe de rĂ©currence et de structuration dans la crĂ©ation du poĂšme. Une suite de lignes composĂ©es d’un nombre constamment variable de syllabes fait totalement oublier la forme du sonnet. Les rĂ©alisations qui en dĂ©coulent donnent le sentiment que le traducteur n’a fait que la moitiĂ© du chemin, tenant pour nĂ©gligeable le fait que la crĂ©ation poĂ©tique de Shakespeare apris formedans une construcion verbale codifiĂ©e qui canalise sans l’occulter le jaillissement de la pensĂ©e. Conscient de ces deux dangers opposĂ©s, j’ai, pour ma part, tentĂ© un compromis ou une synthĂšse des deux approches en traduisant lesSonnetsde Shakespeare en alexandrins blancs, donc en vers non rimĂ©s, convaincu qu’assonances, allitĂ©rations, rimes intĂ©rieures, Ă©chos internes et rythme d’ensemble offrent une structuration plus discrĂšte mais tout aussi efficace que celle des rimes. Les premiĂšres traductions des Sonnets de Shakespeare en alexandrins non rimĂ©s sont dues Ă  Abel DoysiĂ© 1919 puis Ă  Émile Le Brun 1927, suivis plus tardivement 1942 par Giraud d’Uccle pseudonyme de LĂ©on Kochnitzky, puis avec brio par Henri Thomas 1961, et dans un passĂ© plus rĂ©cent par Robert Ellrodt 2002, 2007, envers qui j’exprime ici ma gratitude et mon admiration. Sa traduction est Ă  ce jour la plus sĂ»re du point de vue de l’exacitude et de la complexitĂ© du sens. Mon approche se diffĂ©rencie de la sienne en ce que je m’accorde plus de souplesse et de libertĂ©s dans l’ordonnancement du poĂšme, incluant dans un souci de fluiditĂ©, au milieu des alexandrins blancs, des vers de quatorze syllabes quand le contenu informatif oblige Ă  ĂȘtre plus long et des dĂ©casyllabes quand, Ă  l’inverse — plus rarement —, ce mĂštre suffit Ă  prendre en charge la totalitĂ© des dĂ©notations et connotations. Puisque le ton et le style de l’énonciation sont dĂ©libĂ©rĂ©ment plus modernes que dans les traductions en alexandrins classiques, j’ai Ă©galement souvent recours Ă  lacĂ©sure Ă©pique ; courante au Moyen Âge, rĂ©apparue avec les symbolistes et les modernistes, elle consiste Ă  compter comme hexasyllabe un premier hĂ©mistiche se terminant soit par unemuet non suivi d’une voyelle, soit par unesuivi d’unsmarquant le pluriel, alors que dans l’alexandrin classique l’hĂ©mistiche n’est hexasyllabique que si leemuet est suivi d’une voyelle. Ainsi, dans ma traduction, le vers 1 du Sonnet 65 S’il n’eest bronze ni pierre, terre ou mer infinie », ou le vers 7 du Sonnet 78 Ont ajoutĂ© des plumes Ă  l’aile des savants », hypermĂ©triques 13 syllabes si l’on applique rigoureusement les rĂšgles de l’alexandrin classique, peuvent ĂȘtre considĂ©rĂ©s comme des alexandrins si, suivant la pratique orale, on a recours Ă  lacĂ©sure Ă©piquequi Ă©lide la syllabe finale des premiers hĂ©mistiches pierre » dans le Sonnet 65 ou plumes » dans le Sonnet 781.Cette variĂ©tĂ© mĂ©trique et la licence qu’ajoute la cĂ©sure Ă©pique visent Ă  Ă©liminer les chevilles et Ă  privilĂ©gier l’énonciation mimĂ©tique sans recourir Ă  des artifices de pure forme. Henri Meschonnic invite Ă  pourchasser aujourd’hui les poĂ©tismes », dont l’inversion sytĂ©matique et la nĂ©gation simple un ne » non suivi d’un pas » ou d’un point » sont les manifestations les plus frĂ©quentes. Sans ignorer que la diction poĂ©tique ne s’indexe pas sur le parler courant ou l’oralitĂ© naturelle, je crois plus proche de l’essence de la poĂ©sie de rĂ©duire artefacts et conventions dĂ©sormais mortes, et je n’ai pour ma part aucune gĂȘne Ă  dĂ©clarer que j’ai obstinĂ©ment recherchĂ© la clartĂ© et la limpiditĂ©, activant constamment cette propriĂ©tĂ© inhĂ©rente Ă  la traduction d’opĂ©rer quel que soit le dessein conscient du traducteur une forme d’exĂ©gĂšse et d’explicitation. Beaucoup de sonnets shakespeariens Ă©tant d’une grande complexitĂ© et d’une grande densitĂ© de pensĂ©e, ce souci de limpiditĂ© me semble plus Ă  mĂȘme de donner un Ă©cho convaincant du poĂšme qu’une pratique faussement mallarmĂ©enne d’obscuritĂ© dĂ©libĂ©rĂ©e. Je n’entends personnellement pas la voix de Shakespeare dans ces versions françaises qui, confuses Ă  la premiĂšre lecture, le relĂšent Ă  la deuxiĂšme ou Ă  la troisiĂšme et qui semblent confondre obscuritĂ© et profondeur. Sur un point prĂ©cis, j’ai, traduisant lesSonnets, inflĂ©chi ma pratique par rapport Ă  mes principes de traduction des Ɠuvres dramatiques celui du respect de l’alternance entre tutoiement et vouvoiement ou, pour ĂȘtre linguistiquement plus exa ?, de l’alternance entre leyouet lethoudans l’adresse Ă  un interlocuteur en anglais n’est que de façon trĂšs globale et grossiĂšre que l’on peut assimiler l’alternance duyouet duthouen anglais Ă©lisabĂ©thain Ă  celle du vouvoiement et du tutoiement en français. Dans les Ɠuvres dramatiques, l’essentiel est de marquer le passage duyouauthouĂ  l’intĂ©rieur d’une scĂšne, et parfois le retour auyouau cours de la mĂȘme scĂšne. Seul le passage duvo=autuet le retour Ă©ventuel auvo=peuvent marquer en français la modification du rapport entre deux personnages. Il ne me paraĂźt guĂšre dĂ©montrable que, dans lesSonnets, l’adresse au bien-aimĂ© ou Ă  l’amante parthouimplique un rapport plus intime et plus affectif que l’adresse paryou. Dans ces conditions, j’ai optĂ© pour le tu » dans tous les cas de figure, le vouvoiement d’une amante ou d’un bien-aimĂ© risquant de traduire une forme de snobisme et exprimant surtout en français la dĂ©fĂ©rence et la distance sociale. Il est de fait que l’homme dont le poĂšte est amoureux dans lesSonnets— qu’il se nommĂąt Henry Wriothesley ou William Herbert, selon les conjectures les plus frĂ©quentes — Ă©tait un aristocrate, mais privilĂ©gier le vous » dans ces poĂšmes d’amour conduit, me semble-t-il, Ă  renoncer Ă  l’expression du sentiment d’intense attachement affectif dont ils tĂ©moignent. C’est assurĂ©ment un choix discutable, mais je le revendique parce qu’il me semble un adjuvant prĂ©cieux dans la recherche d’une proximitĂ© avec le lecteur 
. Jean-Michel DĂ©prats Extraits du texte de Jean-Michel DĂ©prats Traduire les Sonnets » dans le volume Sonnets et autres poĂšmes qui vient de paraitre sous sa direction et celle de GisĂšle Venet dans le Tome VIII des Oeuvres complĂštes de Shakespeare, BibliothĂšque de la PlĂ©iade Jean-Michel DĂ©prats » et Rare portrait considĂ©rĂ© comme authentique de William Shakespeare , vers 1610, attribuĂ© Ă  John Taylor et dit le Chandos » pour avoir appartenu Ă  Lord Chandos » photos CrĂ©dit 1Le tatouage est le rĂ©sultat d’une injection d’encre dans la peau produisant un motif indĂ©lĂ©bile et aussi, le plus souvent, le rĂ©sultat d’une interaction entre un tatoueur et un tatouĂ©. Les motivations qui prĂ©sident Ă  cette modification corporelle permanente peuvent ĂȘtre esthĂ©tique, symbolique, identitaire, religieuse ou initiatique. Selon les Ă©poques et les endroits du monde, le sens confĂ©rĂ© au tatouage varie. Le tatouage traditionnel japonais est nĂ©gativement connotĂ© car il servait de sanction aux criminels et mafieux Yakuza qui se sont appropriĂ©s cette pratique, devenue rite initiatique et symbole de fiertĂ©, pour se reconnaĂźtre. 2Le mot tatouage vient de tatau », frapper en polynĂ©sien le prĂ©fixe ta » signifie dessin inscrit dans la peau », et le mot atua », esprit. Traditionnellement rĂ©servĂ© aux chefs et guerriers, le tatouage PolynĂ©sien a une origine divine tandis qu’en Orient et Occident, les religions du livre le condamnent. En 787, le Pape Adrien 1er interdit la pratique du tatouage et il faudra attendre que les voyageurs du XVIIIĂšme, comme James Cook, les ramĂšnent du bout du monde comme souvenir sur leur chair. Aujourd’hui prĂ©sent dans les musĂ©es [1], les mĂ©dias, sur le corps des cĂ©lĂ©britĂ©s, le tatouage touche de plus en plus de peaux et d’esprits Martin, 2016. 3Cette diffusion du tatouage entraĂźne l’essor d’un nouveau commerce. Le candidat au tatouage devient un client et le tatoueur un commerçant. Le montant de la transaction commerciale dont le tatouage est l’aboutissement peut varier selon les caractĂ©ristiques du dessin, des conditions de sa rĂ©alisation, de la rĂ©putation du tatoueur Rolle, 2012. 4Dans cette Ă©tude nous nous sommes intĂ©ressĂ©s aux particularitĂ©s que prĂ©sente le marchĂ© du tatouage comme consommation de l’art. De fait, une fois achetĂ©, c’est-Ă -dire rĂ©alisĂ©, le tatouage perd toute valeur pĂ©cuniaire. De plus, la relation client-commerçant construite autour du tatouage est tout Ă  fait singuliĂšre c’est l’objet de la recherche ethnographique que nous avons menĂ©e dans cinq salons de tatouage franciliens. 5Pour mener cette enquĂȘte il nous a d’abord fallu justifier notre prĂ©sence dans ces Ă©tablissements rĂ©servĂ©s aux consommateurs de tatouage. La posture consistant Ă  se prĂ©senter comme observateur fut peu concluante dans le premier salon car incomprise par les diffĂ©rents acteurs. Dans un autre salon nous avons souhaitĂ© interroger directement l’unique tatoueur au cours d’un entretien semi-directif sur son parcours, sa vision du tatouage, ses pratiques, sa clientĂšle, ses concurrents et collĂšgues. Pour les trois autres salons nous avons profitĂ© de l’occasion d’accompagner des clients afin d’ĂȘtre au plus prĂšs d’une sĂ©ance d’encrage. Nous avons ainsi adoptĂ© des mĂ©thodes de recherches qualitatives avec notamment la tenue d’un carnet de terrain contenant observations, descriptions, Ă©bauches d’analyses et retranscriptions de paroles stratĂ©gies d’approches6Pour intĂ©grer la communautĂ© des tatouĂ©s, il faut trouver le professionnel qui aura la tĂąche d’encrer sa peau. Les demandeurs de tatouages utilisent diffĂ©rents critĂšres de choix, comme la spĂ©cialisation du tatoueur, le prix, ou la renommĂ©e du salon. En effet, la norme est qu’un tatoueur, apprenti ou confirmĂ©, exerce dans un lieu normalisĂ©, dĂ©clarĂ© en prĂ©fecture, et remplissant des conditions d’hygiĂšne rĂšglementaires. Ainsi, les prĂ©mices de la relation tatoueur-tatouĂ© se font Ă  l’entrĂ©e du l’organisation du salon. RĂ©partition de l’espace7Nous avons pu systĂ©matiquement observer la prĂ©sence d’au moins deux espaces, celui de l’accueil et celui de l’encrage, sĂ©parĂ©s par un comptoir permettant l’accueil des clients et l’exposition des books » [2]. Le comptoir est tenu par le propriĂ©taire, un tatoueur, ou une personne embauchĂ©e spĂ©cifiquement, qui a le rĂŽle essentiel d’assurer le premier contact avec le client. L’espace d’encrage est gĂ©nĂ©ralement dissimulĂ© de la vue de tous pour respecter l’intimitĂ© des tatouĂ©s et la concentration des tatoueurs. Il comporte plusieurs postes de tatouage pour que plusieurs tatoueurs opĂšrent simultanĂ©ment. Il peut exister un troisiĂšme espace, consacrĂ© Ă  la rencontre entre le tatoueur et le futur tatouĂ© qui nĂ©gocient les modalitĂ©s du projet. Les diffĂ©rents espaces sont pensĂ©s et dĂ©corĂ©s dans le but d’attirer le client, de le mettre Ă  l’aise, mais aussi et surtout de donner une image Ă  la fois professionnelle et montrer professionnels et rebelles8D’aprĂšs ValĂ©rie Rolle 2013, les salons de tatouages choisissent leur dĂ©coration selon diffĂ©rentes logiques technicienne, propre et rangĂ©e en gage de sĂ©rieux ; crĂ©ative, mettant en valeur les rĂ©alisations des tatoueurs ; anti-conventionnelle, mettant en exergue l’esprit rebelle de la pratique. Nos observations corroborent ces conclusions. L’un des salons observĂ©s, aux murs blancs et Ă  la dĂ©coration Ă©purĂ©e, affiche Ă©galement les dessins des tatoueurs, suivant simultanĂ©ment les logiques technicienne » et crĂ©atrice ». D’autres salons exposent des objets Ă©tranges, dignes d’un cabinet de curiositĂ©s. Les images provocantes et les motifs rebelles comme les tĂȘtes de morts, n’ont pas l’air d’étonner ou de mettre mal Ă  l’aise les clients, puisque confirmant l’aspect rock n roll » du tatouage. La clientĂšle semblait nĂ©anmoins davantage diversifiĂ©e en termes d’ñges et de catĂ©gorie sociale, dans un salon ayant adoptĂ© sobriĂ©tĂ© et neutralitĂ© ce que j’aime bien c’est que ça soit blanc Ă©purĂ© » tĂ©moignage tatouĂ©. 9Les salons doivent faire attention Ă  satisfaire tout le monde, ou du moins Ă  ne heurter personne. Il apparaĂźt important de donner aux clients Ă  la fois une impression mĂ©dicalisĂ©e » pour gagner leur confiance, tout en gardant l’aspect rebelle de l’expĂ©rience Rolle, 2013.Pour se vendre et vendre son artL’enjeu de la crĂ©dibilitĂ©10Dans le discours des employĂ©s des salons de tatouage, nous retrouvons la nĂ©cessitĂ© de faire figure d’expert » Rolle, 2013 en mettant en exergue la supposĂ©e incompĂ©tence des concurrents, dont on dit qu’ils font ce qu’ils ne devraient pas faire » comme des motifs impersonnels issus d’internet et qu’ils ne font pas ce qu’ils devraient » comme avoir des tatoueurs aux styles diffĂ©rents dans un mĂȘme salon. 11Pour ĂȘtre respectĂ© et respectable, l’un de nos tatoueurs souligne qu’un tatoueur doit ĂȘtre tatouĂ© et de maniĂšre visible, sans quoi sa crĂ©dibilitĂ© sera mise en cause il sera soupçonnĂ© de n’avoir fait ni l’expĂ©rience de la douleur ni celle du regard social les gens devaient se dire ha c’est bizarre t’es tatoueur et t’as pas de tatouage’ » tĂ©moignage tatoueur. Par ailleurs, le tatoueur doit Ă  la fois se montrer disponible pour accueillir des projets d’encrage Ă©laborĂ©s, tout en montrant une activitĂ© importante, gage de qualitĂ©. Cet Ă©quilibre subtil entre disponibilitĂ© et non-disponibilitĂ© lui permet notamment de sĂ©lectionner sa clientĂšle en Ă©vitant par exemple de rĂ©aliser des street tattoo [3] ». En effet, les tatoueurs sont critiques d’une clientĂšle de non-sachants, consommant le tatouage par effet de mode sans en connaĂźtre la culture, l’histoire ou les implications C’est des gens qui ne connaissent rien au monde du tatouage, la plupart viennent sans projet et veulent juste avoir un tatouage, c’est juste un effet de mode » tĂ©moignage tatoueur.VĂ©hiculer des valeurs de confiance voire de fidĂ©litĂ©12Les Ă©changes se mettent en place dĂšs l’accueil, sur un ton amical et ponctuĂ© de plaisanteries, avec une automaticitĂ© du tutoiement. Un tatoueur nous explique que l’acte de tatouer est une pĂ©nĂ©tration dans l’intimitĂ© de la personne et que le projet du tatouĂ© devient celui du tatoueur ce partage est matĂ©rialisĂ© par le tutoiement. Nous avons constatĂ© que les conversations dans les salons basculent souvent dans l’ordre de l’intime, soulignant la force du lien entre le tatoueur et son client et expliquant que certains clients reviennent rĂ©guliĂšrement, jusqu’à dĂ©velopper une relation de fidĂ©litĂ©. La confiance est ainsi au cƓur de la relation tatoueur-tatouĂ©, de la nĂ©gociation du projet d’encrage Ă  sa rĂ©alisation. Cette confiance devient une nĂ©cessitĂ© lorsque l’on considĂšre l’asymĂ©trie de la relation tatoueur-tatouĂ©, l’un dĂ©tenant soudainement un pouvoir sur le corps de l’autre DurĂŁo et Roman, 2001.NĂ©gociation et ritualitĂ© du tatouageLe projet de tatouage13Normes implicites interdits, refus, facteurs Ă  prendre en compte 14Nous avons constatĂ© l’existence de normes implicites, concernant notamment l’emplacement et la taille des tatouages, et plus particuliĂšrement des premiers tatouages. Un tatoueur nous explique que les premiers tatouages devraient ĂȘtre cachĂ©s ». Un autre affirme qu’il est prĂ©fĂ©rable que les premiers soient de petites piĂšces. D’une part, le tatoueur craint que le non-initiĂ© ne supporte pas la douleur les grosses piĂšces seront alors d’autant plus difficiles Ă  terminer, comme nous avons pu le constater chez une de nos enquĂȘtĂ©es ». D’autre part, le regard social qu’implique un tatouage visible peut dĂ©stabiliser lorsqu’il n’est pas anticipĂ© certains tatoueurs sont rĂ©ticents Ă  endosser la responsabilitĂ© d’ĂȘtre les premiers Ă  encrer une partie visible du corps. Enfin, la localisation des tatouages sur le corps apparaĂźt tacitement rĂ©glementĂ©e certaines zones sont proscrites par les tatoueurs parties gĂ©nitales, d’autres sont rĂ©servĂ©es » Ă  une clientĂšle initiĂ©e » mains et crĂąne Les premiers tatouages devraient ĂȘtre cachĂ©s, ça devrait ĂȘtre comme ça, tu te fais pas tatouer direct sur le cou ou sur la tĂȘte. AprĂšs si tu vois que le mec a dĂ©jĂ  plein de tatouages sur les bras et tout, ouais la tĂȘte ça peut ĂȘtre en continuitĂ© » tĂ©moignage tatoueur. 15Ces Ă©lĂ©ments confirment l’importance de la nĂ©gociation des modalitĂ©s d’encrage entre tatoueur et tatouĂ© selon l’ñge, l’appartenance socio-sexuelle et professionnelle Rolle, 2013 En principe je suis personne pour dire non, mais en fonction de l’ñge, de ses antĂ©cĂ©dents dans le tatouage, est-ce qu’il en a dĂ©jĂ  beaucoup ou pas du tout. Je pose souvent la question de leur travail, est-ce que ça va pas les gĂȘner dans leur travail, il faut penser au regard des autres » tĂ©moignage tatoueur. 16D’aprĂšs notre Ă©tude, d’autres facteurs sont Ă©galement pris en compte comme la couleur, texture et apparence des et l’empreinte du tatoueur17La banalisation du tatouage fait apparaĂźtre des motifs-types, devenus des basiques ». Les tatoueurs critiquent ces anti-projets », qualifiĂ©s de copiĂ©-collĂ©tatouĂ© », et renvoyĂ©s aux faux tatoueurs » HĂ©as, 2013 mais aussi aux faux tatouĂ©s ». En effet, le tatouage conserve cet aspect de quĂȘte de marginalitĂ© et le risque de ces tatouages communs est de faire disparaĂźtre la convention tacite de refuser le conventionnel. Pour que les tatouages soient uniques, respectant ainsi les codes culturels et identitaires, les tatoueurs laissent leur empreinte dans la recherche d’originalitĂ© et le dĂ©marquage si c’est un truc que tu sors d’Internet on va vouloir te le modifier qu’il soit un peu plus original » tĂ©moignage tatoueur. Les books » permettent au client qui envisage un motif de se familiariser avec le style du tatoueur. 18Une fois le tatoueur choisi, un premier rendez-vous permet aux deux acteurs de parler du projet. C’est au rendez-vous suivant, celui de l’encrage, que le client dĂ©couvre le dessin de ce que sera son futur tatouage, qui doit plaire au millimĂštre prĂšs le client doit exprimer exactement ce qui lui dĂ©plaĂźt pour que le tatoueur puisse apporter les modifications nĂ©cessaires de l’emplacement, de la taille, ou du motif. 19Un tiers accompagne souvent le futur tatouĂ© nous avons pu tenir ce rĂŽle Ă  trois reprises ; il donne son avis, aide le client Ă  exprimer ses Ă©ventuels doutes et rassure. Le tatouage est donc le rĂ©sultat d’une nĂ©gociation entre le tatoueur, le client et un proche Lo Sardo, 2009.Implication de l’encrage. GĂ©rer la posture et la douleur20Une fois les nĂ©gociations terminĂ©es, le tatoueur positionne le stencil » [4] du tatouage sur la peau du client prĂ©alablement dĂ©sinfectĂ©e et rasĂ©e si nĂ©cessaire. Tatoueur et tatouĂ© doivent dĂ©sormais nĂ©gocier la posture qu’ils adopteront pendant l’encrage afin d’ĂȘtre confortables et d’éviter crampes ou gestes brusques. La douleur varie selon les individus, mais aussi selon les parties du corps. Le tatouage peut ainsi ĂȘtre considĂ©rĂ© comme un acte masochiste oĂč se cĂŽtoient douleur, plaisir, excitation et addiction Rioult, 2006 On les torture et ils aiment ça, et ils reviennent en plus » tĂ©moignage tatoueur. 21Si la douleur est trop intense, les rĂ©actions de la personne sont imprĂ©visibles, dĂ©rangent et ralentissent le travail du tatoueur. Le tatoueur de l’une de nos observĂ©es qui gigotaient par souffrance l’avertit que son tatouage risquait de ne pas ĂȘtre symĂ©trique si elle continuait. Des pauses permettent aux deux acteurs de se reconcentrer. Le tatoueur endosse ici de nombreuses responsabilitĂ©s et un rĂŽle d’apaisement du client pouvant faire Ă©merger Ă  leur relation intime un caractĂšre thĂ©rapeutique DurĂŁo et Roman, 2001. Ă  la fin, le tatoueur emballe le tatouage dans du papier cellophane que le tatouĂ© devra enlever dans les heures qui suivront, et accompagne son client Ă  l’accueil pour le faire rĂ©gler et lui prescrire les soins Ă  retouches et l’ancrage social quotidien22Un tatoueur nous explique que le tatouage reprĂ©sente l’intrusion d’un corps Ă©tranger dans la peau, et que l’encre aura tendance Ă  dĂ©gorger dans les jours qui suivent l’encrage. Le client est ainsi amenĂ© Ă  revenir pour faire les retouches nĂ©cessaires, incluses dans le prix. Ce service aprĂšs-vente » renforce l’analogie avec une transaction commerciale. 23Le tatouage transforme d’abord le quotidien immĂ©diat il faut hydrater rĂ©guliĂšrement le tatouage pour permettre la cicatrisation Lo Sardo, 2009, qui provoque des dĂ©mangeaisons qu’il faut contrĂŽler. Le tatouage modifie ensuite le quotidien sur le long terme, il rĂ©ajuste les choix vestimentaires Ă  travers un jeu d’inhibition et d’exhibition selon le contexte social. Il transforme Ă©galement les interactions sociales, Ă  base de compliments ou de questionnements. Enfin, le tatouage est un rite de passage qui agrĂšge l’individu Ă  une nouvelle communautĂ© Van Gennep, 1909 traduisant ainsi une volontĂ© de devenir Autre » Je trouve vraiment que le fait d’ĂȘtre tatouĂ© te fait appartenir Ă  une autre communautĂ© » tĂ©moignage tatouĂ©. En outre, si le corps est l’interface entre soi et l’autre » Le Breton, 2010, le tatouer permet de se le rĂ©approprier, de s’individualiser et d’influer sur l’image que peut avoir l’autre de soi Le Breton, 2006.Conclusion24Cette recherche ethnographique porte sur un Ă©chantillon limitĂ© et aurait gagnĂ© Ă  ĂȘtre Ă©tendue Ă  d’autres salons. Pour autant, il nous est apparu trĂšs vite difficile de justifier la prĂ©sence d’observateurs dans un salon de tatouage on nous a, Ă  plusieurs reprises, fait bien comprendre qu’il s’agissait d’une intrusion. Nous avons eu l’occasion de nous placer dans la position d’accompagnateur, plutĂŽt que dans celle d’observateur. Ceci nous a permis d’approcher au plus prĂšs de la relation tatoueur-tatouĂ©, et de mieux en saisir certaines spĂ©cificitĂ©s qui nous auraient autrement Ă©chappĂ©. Il rĂ©sulte ainsi de cette recherche que la confiance est au cƓur de la relation tatoueur-tatouĂ© et permet la mise en place de nĂ©gociations de l’ordre de l’intime chaque sĂ©ance d’encrage laisse une trace dans le corps du tatouĂ©, mais aussi dans celui du tatoueur. » Rolle, 2013 p. 97. lRemerciementsÀ LĂ©o Tillard pour sa participation Ă  cette Ă©tude, Marie Rose Moro pour m’avoir offert l’opportunitĂ© de publier ce travail, Ă  Laelia Benoit pour ses conseils et encouragements. Notes [1] Exposition tatoueurs-tatouĂ©s » au musĂ©e du quai Branly Jacques Chirac en 2014-2015. [2] Les books sont des albums photos qui renferment les rĂ©alisations des tatoueurs. [3] Petites piĂšces faciles et impersonnelles sans dĂ©lai de rĂ©alisation. [4] Pochoir en anglais, c’est un calque qui permet de transposer le dessin sur la peau afin que le tatoueur suive ces lignes au cours de l’encrage. Dictionnaire Collaboratif Français DĂ©finition jeter le bĂ©bĂ© avec l'eau du bain v. 1. perdre de vue l'essentiel 2. se dĂ©barrasser d'une chose pourtant importante dans le but d'Ă©liminer avec les ennuis ou contraintes qu'elle implique Expressiofamilier attentat-suicide nm. attentat qui implique la mort de son auteur Pluriel "attentats-suicides". Qu'en est il de exp. What about qu'Ă  cela ne tienne exp. exprime une sorte d'accord un peu dĂ©sinvolte, presque Ă  contre-coeur Ă  prĂ©ciser, phrase idiomatique un peu vide ni quoi ni qu'est-ce exp. rien du tout, aucune chose Expressiofamilier ! ConsĂ©quence nf n. Suite qu'une chose peut avoir qu'Ă  cela ne tienne ! exp. 1. peu importe ! 2. que cela ne soit pas un obstacle ! Expressio ! ne devoir son salut qu'Ă  o. ĂȘtre sauvĂ© grĂące Ă  visible comme le nez au milieu de la figure exp. flagrant, plus qu'Ă©vident. expression familiĂšre ou populaire. tout son soĂ»l adv. Ă  satiĂ©tĂ©, autant qu'on veut Expressiofamilier allosexuel, elle adj. relatif aux orientations sexuelles autres qu'hĂ©tĂ©rosexuelles 1. s'emploie Ă©galement comme nom "un allosexuel, une allosexuelle" 2. synonyme de "altersexuel" altersexuel, elle adj. relatif aux orientations sexuelles autres qu'hĂ©tĂ©rosexuelles * s'emploie aussi comme nom "un altersexuel, une altersexuelle" * synonyme de "allosexuel" n'en faire qu'Ă  sa tĂȘte vi. agir selon ses envies, sans tenir compte de l'avis ni de l'intĂ©rĂȘt des autres prendre qqch. pour argent comptant vi. croire naĂŻvement ce qu'on nous dit Ex. "elle prend toutes les belles promesses pour argent comptant". ! dĂ©possĂ©der n. enlever, prendre ce qu'une personne possĂšde Ă  discrĂ©tion adv. sans restriction, autant qu'on le veut Reverso/Expressio avoir la bride sur le cou v. ĂȘtre libre de faire ce qu'on veut Expressio c'est quand qu'on va oĂč ? exp. s'emploie par ironie lorsqu'on est trĂšs perplexe devant une situation incertaine ou qui ne mĂšne nulle part [Fam.];[Hum.] l'expression est le titre d'une chanson de Renaud mon sang n'a fait qu'un tour exp. j'ai ressenti une Ă©motion vive et soudaine [figurĂ©] Ex. "Ă  ces mots, mon sang n'a fait qu'un tour". homo homini lupus est exp. Locution latine signifiant littĂ©ralement "l'homme est un loup pour l'homme". Elle implique que l'homme est un danger pour lui-mĂȘme. Pour ajouter des entrĂ©es Ă  votre liste de vocabulaire, vous devez rejoindre la communautĂ© Reverso. C’est simple et rapide journal article Tutoiement et Vouvoiement Chez les LycĂ©ens Français The French Review Vol. 46, No. 4 Mar., 1973, pp. 773-782 10 pages Published By American Association of Teachers of French Read and download Log in through your school or library Read Online Free relies on page scans, which are not currently available to screen readers. To access this article, please contact JSTOR User Support. We'll provide a PDF copy for your screen reader. With a personal account, you can read up to 100 articles each month for free. Get Started Already have an account? Log in Monthly Plan Access everything in the JPASS collection Read the full-text of every article Download up to 10 article PDFs to save and keep $ Yearly Plan Access everything in the JPASS collection Read the full-text of every article Download up to 120 article PDFs to save and keep $199/year Purchase a PDF Purchase this article for $ USD. How does it work? Select the purchase option. Check out using a credit card or bank account with PayPal. Read your article online and download the PDF from your email or your account. Preview Preview Journal Information The French Review is the official journal of the American Association of Teachers of French and has the largest circulation of any scholarly journal of French studies in the world. The Review publishes articles and reviews on French and francophone literature, cinema, society and culture, linguistics, technology, and pedagogy six times a year. Every issue includes a column by Colette Dio entitled "La Vie des mots," an exploration of new developments in the French language. Jean DeCock reviews the Cannes Film Festival yearly, and Michael Bishop, William Cloonan, Martine Antle, and James P. McNab review the year's work in poetry, the novel, theater, and society. Manuscript and editorial communications for the French Review should be addressed to the Editor Christopher P. Pinet Dept. of Modern Lang. &Lit.; Montana State University Bozeman, MT 59715. Books for the review should be addressed to the appropriate Review Editor. Publisher Information The American Association of Teachers of French AATF was founded in 1927 and is the largest national association of French teachers in the world with nearly 10,000 members. As a professional association we seek to address the concerns of our members which include Promoting the study of languages in general and French in particular. Facilitating the implementation of national and state standards in the classroom. Improving the training of French teachers by encouraging minimum levels of language and cultural proficiency, and exposure to the French-speaking world through study abroad opportunities. Creating opportunities and finding resources for practicing teachers to update their skills and improve their teaching. Encouraging the use of new technologies in the teaching of French and actively developing materials to support this use.

qu implique le tutoiement dans une relation